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Des autochtones en pleine ville

Francine Fournier, CND

Immigration interne et humour autochtone

Il est 6h 45 un dimanche matin. Une jeune fille (17 ans peut-être?) toute ronde et belle et manifestement d’une nation indigène nous aborde (en français) soeur Pauline Nadeau csc et moi à la Pastille du Métro Berry-Uqam. Elle veut de l’argent. On lui sourit, ne lui donne pas d’argent mais on engage la conversation. Elle arrive tout juste d’Abitibi. Pauline, qui attend son autobus pour aller travailler à l’Accueil Bonneau malgré ses 85 ans, prend le temps de lui indiquer des endroits de référence pour aller manger ou pour se loger. Je me préoccupe aussi de sa situation vu les histoires de prostitution dont on parle souvent en rapport avec les nouvelles arrivées en ville. Elle s’assoie entre nous deux toujours souriante. Passe un homme et elle l’aborde. Monsieur! Eh! Monsieur! Vous n’auriez pas un peu de sous pour ces deux vieilles femmes qui en ont bien besoin…

J’ai revu notre algonquine deux fois au métro Berry. Je l’ai saluée chaleureusement. La deuxième fois elle était avec une fille sûrement de la rue. Elle me dit : Elle est belle hein mon amie? Oui mais toi aussi tu es belle. Prends soin de toi! Je ne l’ai plus revue de l’été.

Tradition abénaquise et petite touche maya

Maria José, compagne CND maya, et moi, allons au Centre Africa durant le forum social mondial. Nicole Obomsayim est l’invitée et y raconte l’histoire de la Création selon la tradition abénaquise. Maria parle espagnol et Akateko-Maya mais pas le français. Je lui traduit tout bas l’essentiel de ce qui se dit. Elle est émerveillée. Nicole se rendant compte de la présence toute attentive de Maria et sachant qu’elle est Maya guatémaltèque en profite pour faire des liens avec la spiritualité maya qu’elle connaît plutôt bien. Et je me rends compte alors de la richesse qu’un tel partage peut apporter à nos cultures. En repartant, Maria me dit combien la rencontre lui a plu parce que très proche de sa propre façon de penser. Une conférence comme ça, cela n’a pas de prix me dit-elle toute émue. On sait que les Mayas historiquement sont petits cousins de nos autochtones. Aussi, leur pensée circulaire se rejoint. Fabuleuse rencontre qui ouvre des horizons et te fait rêver avec des images toutes neuves sur la Création… dont nous sommes tous issus.

La chasse et la trappe toujours pratiquées

Petit café à 5h du matin à la Madona, au Cap-de-la-Madeleine, en compagnie d’une algonquine d’Abitibi. On jase de faits de sa vie, ce qui m’intéresse beaucoup. Je lui pose la question suivante : La viande d’ours que vous nous avez fait goûter hier était très bonne; est-ce vous qui avez tué l’ours? Pas du tout me répond-elle. C’est ma nièce.

Et d’ajouter : Ne pensez pas qu’Il s’agit d’un ours qui rôde autour des villes et dont la viande n’est pas mangeable. Cet ours a été chassé loin dans les bois. Une Innue de la Côte-Nord nous rejoint et la conversation continue. Elles parlent de trappe qu’elles pratiquent toutes les deux. Cette gentille dame autochtone me regarde et me demande tout bonnement : Et vous, vous trappez encore? Non, je demeure actuellement à Montréal…

Mocassins

Quel plaisir de pouvoir me promener avec des mocassins authentiques. Ils sont simples, doublés chaudement, décorés de petites perles et d’un beau jaune couleur miel. Ils viennent directement de La Romaine. C’est une femme innue qui les a fabriqués spécialement pour une de mes compagnes qui a passé deux jours dans son village. Elle a observé ses pieds et lui a confectionné ces mocassins en une journée. Quel sens de accueil! Et pouvez-vous croire que cette tradition millénaire existe encore? Plissez un cuir à la main ce n’est pas évident. Et pourtant cette fine dentelle est parfaite sur mes pieds. Oh! Vous pourriez en trouver de plus spectaculaires dans les magasins souvenirs du Vieux Montréal, mais ils ne seront pas comme les miens, qui sont miens car ma compagne les trouvait un peu grand pour elle et m’en a fait cadeau. Peut-être que ce fut un prétexte qu’elle a gentiment inventé vu le regard d’admiration que je portais sur cette œuvre d’art. Pour son auteure c’était peut-être tout simple de coudre cette peau qui a été chassée et tannée par les siens, mais pour moi, j’y vois une dextérité acquise par des générations qui remontent au temps des tipis dissimulés dans les bois. Chausser une invitée, ce n’est peut-être pas lui laver les pieds mais ça en a tout le sens. J’ai d’abord eu l’intention de conserver ces mocassins comme décoration dans ma chambre, genre trophée. Mais je me suis dit qu’un mocassin n’a de valeur que porté. Ne faut-il pas faire mille pas dans les mocassins d’un autre pour arriver à le connaître. Donc je suis très fière de marcher sans bruit dans ces mocassins faits mains et offerts gratuitement par une sœur autochtone de chez-nous. Ils me parlent de vie, de bois et de partage culturel.

Rituel de la plume

Au Marché Bon Secours comme dans les bazars et les marché aux puces il faut avoir l’œil pour y trouver la perle rare… et l’argent pour l’acheter. Dans deux de ces boutiques, qui ont le même propriétaire, un péruvien du nom de Diego, vous pouvez y trouver des œuvres d’art à thème indigène car Diego est un artiste. Ses bâtons de parole, ses colliers de cuirs avec sculpture sur os et ses capteurs de rêves sont effectivement à faire rêver.

Mais ces merveilles ne sont pas pour moi… vu le prix. Mais quel plaisir de pouvoir les admirer tout en cherchant à saisir leur signification culturelle. Toutefois il y a une chose que j’ai acheté récemment, c’est une plume. Eh oui, une seule belle et grande plume ornée de fines lanières mode amérindienne. Je peux quand même me payer une unique plume, non? Mais à quoi sert une plume dans les rituels autochtones? Simplement à purifier personnes ou choses. Vous pouvez y ajouter de l’encens et de la sauge. Presque tous les peuples ont ce genre de rituel. C’est comme une bénédiction. Cela me rappelle que j’ai quelques fois participé à ce rituel présidé par des autochtones. Au Centre Africa la session a commencé par ce geste dirigé à chacun (e) des participants (es) individuellement alors que nous formions un cercle symbole d’unité cosmique. Y ai-je mis toute mon attention et tout mon cœur pour que vienne en moi le Grand Esprit!

CAAM et Wampum

Au CAAM ( Centre d’amitié autochtone de Montréal) il y a de l’ambiance et vous n’y échappez pas puisque vous devez passer par là si vous voulez aller au Wampum à l’étage supérieur. Les derniers mercredis du mois on y offre le souper et tous les amis qui passent sont invités au festin. J’y ai donc mangé d’excellents maïs en compagnie fort diversifiée . Vous entendez des kwe kwe (bonjour) ou des miguash (merci) mêlés au son des tambours et des chants traditionnels. Ces mêmes mercredis, il y a conférence au Wampum. Notre sœur Marie-Laure Simon, mohawk, y brille par sa présence fine et efficace. Ici aussi vous devez y manger quelque chose, ça fait partie de l’accueil traditionnel des autochtones. Servez-vous de répéter Marie-Laure il y a du café des pâtisseries, parfois du blé d’inde aussi et combien repartent après la session avec des assiettes chargées des surplus du lunch. Le groupe est petit (une vingtaine de personnes autochtones et non autochtones). Les conférences ont pour but de rapprocher les cultures.

Je dois dire que c’est le seul endroit où j’ai vu le nouveau drapeau de la ville de Montréal avec son cercle ouvert sur les 4 directions cardinales et son pin blanc, traditionnellement symbole de paix pour les amérindiens

 Chez Doris

Avec l’idée de m’offrir comme bénévole je me présente Chez Doris. On ne me connait pas et je prends le chemin des bénéficiaires. J’accepte un café et une rôtie même si on insiste pour me donner un gros déjeuner. Il y a peu de femmes. 8h a.m. c’est trop tôt! Les femmes présentes sont isolées, chacune à leur table et ne parlent pas, le nez dans leur assiette et visiblement affamées (si je me fie au super contenu des assiettes). Je passe à l’accueil et demande à parler à la responsable des bénévoles. Elle ne travaille pas cette journée-là. On me fait tout de même visiter les lieux. Dans un bureau Sylvie Claude une femme de la nation cri me parle avec enthousiasme de ses origines ethniques et me souligne l’imminence des élections des chefs me disant qu’elle ira voter cette même semaine. On voit que c’est important pour elle. Une fille engagée qui affiche ses couleurs.

Quelle surprise de voir un peu plus tard ces femmes de la direction dans la revue l’Itinéraire. Sylvie je le savais est cri, Kim est mohawk et Chantale inuit. Une deuxième visite n’a pas non plus réglé le cas du bénévolat mais j’admire les efforts de ces femmes pour aider leurs consoeurs dans le besoin. L’itinéraire donnera un cours de photographie à des itinérants(tes). J’ai pu voir l’exposition de leurs réalisations artistiques à la Maison Ronde.

Valeurs positives autochtones soulignées dans ces textes… réels non inventés

Le partage (entraide de toutes sortes)

Talents très variés (couture, services éducatif, arts etc)

L’accueil inconditionnel

Les arts traditionnels

Les rituels

L’histoire transmise

L’humour

La respect de la nature

 

 

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