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Mon expérience : le mur – la frontière

Ercilia Janeth Ferrera Erazo, CND

Ma première expérience au sujet du mur en fut une de surprise, d’étonnement, de tristesse et de multiples impressions. J’avais toujours pensé qu’il n’y avait qu’un seul mur que les migrants devaient réussir à traverser pour passer aux États-Unis. J’ai pensé aux caravanes qui sont arrivées là il y a quelques mois. Plusieurs personnes on défié les autorités des États-Unis, tentant l’impossible pour grimper et passer de l’autre côté du mur tout près de la mer.

Pour moi, ce fut une surprise de voir que le mur (la barrière) commence ou se termine dans la mer, qui traverse les montagnes, monte et descend les collines. Combien d'investissement et tant de peur!

Ici, je vous partage les photos que j’ai prises de la première partie du mur. Nous voyons aussi comment la nature elle-même est affectée, la façon dont la Mère Terre est divisée et influencée. Qu’est-ce qu’il y a derrière ce mur qu’on ne peut toucher et qui rend impossible même de penser à le traverser?

Ce qui m’a étonnée aussi c’est de voir qu’il n’y a pas seulement un mur. En certains endroits il y a trois murs ou barrières, alors, si les migrants parviennent à en passer un, ils doivent en traverser deux autres. En plus de la police pour défendre la frontière, il y a des personnes volontaires armées qui patrouillent.

Il y a aussi des écrits sur le mur, plusieurs noms de personnes qui sont mortes en essayant de le passer. Une partie du mur reflète la couleur, la vie, des desseins de paix, d’amour, de vie, de possibilités...

Cela me fait méditer profondément. Ceci est un mur physique infranchissable, mais quels sont les murs que j’ai moi, ceux que j’érige face à la personne qui est différente? Quels signes chez moi peuvent paraître supérieurs face aux autres personnes? Pourquoi parlons-nous de suprématie blanche? Dieu a-t-il une couleur? Est-il lui ou elle blanche?

Quelles sont les frontières ou les barrières que j’ai, que j’impose à l’autre? Quels sont les murs, et les préjugés que j'ai face à l'autre, face aux autres cultures? Quelles sont les racismes en moi, en nous que nous devons nommer pour être libres, pour grandir ensemble comme égaux, oui comme égaux? Parce que même nos façons de nous référer les un(e)s aux autres est un appel, une invitation à grandir. Par exemple: quand nous parlons des sœurs canadiennes, nous disons les francophones, les anglophones, aussi les Américaines, les Japonaises, les latinos, les Camerounaises et parfois les Africaines, Pourquoi pour quelques unes d’entre nous on distingue la nationalité et pour d’autres on généralise? Quand j’ai appris la géographie à l’école au Honduras, plutôt à Tegucigalpa, j’ai appris que l’Amérique est un continent divisé en trois parties : « Amérique du Nord, Amérique Centrale et Amérique du Sud »… mais pardonnez mon innocence parce que maintenant, j’apprends qu’il n’y a que deux Amériques : Nord et Sud. Pourquoi l’Amérique Centrale est-elle devenue invisible? Ou comme on entend dire parfois, en blague, que l’Amérique Centrale est une erreur de la nature. Qu’est-ce que ça signifie que les États-Unis soient l’Amérique? Qu’est-ce qu’il y a derrière cette idéologie et cette façon de voir? Pardonnez-moi si mes paroles et mes questions blessent vos sensibilités, ce n’est pas mon intention, je souhaite approfondir, comprendre les barrières, les différences, les murs, les interprétations du monde et les nôtres aussi.

Quels murs, stigmates et blessures portons-nous chacun, chacune en nous parce que nous sommes différents ? Certains parce qu'ils viennent de pays pauvres et d'autres, de pays riches. Je pourrais aller encore plus loin dans les divisions dans nos façons de nous voir comme enseignants ou non, d’avoir enseigné dans une certaine école ici ou là, ou les missionnaires, ou les cuisiniers. Ces séparations, ces divisions ne contribuent pas à construire, ni à rapprocher ou à grandir, à apprécier et à admirer la richesse que chacun de nous est, le don que nous sommes les uns aux autres et à l’humanité, le don et le témoignage interculturel, intergénérationnel que nous sommes et que nous offrons comme possibilité et beauté au monde.

À quoi servent les murs si ce n’est à diviser? Ledit mur a commencé à se construire en 1994 et maintenant, le dilemme pour continuer sa construction, c’est de trouver l’argent nécessaire; même un petit enfant américain recueille de l’argent en vendant du chocolat à cette fin; il y a déjà 22 000 $ d’accumulés; il faut freiner l’invasion des migrants qui sont perçus comme des malfaiteurs, des pauvres et des illégaux. La force des paroles et ce que nous disons, pensons, communiquons, peuvent créer de grandes différences ou des possibilités de vie. C’est en nous que résident le choix et la décision du « comment nous voir », « comment nous situer », « comment perdre la peur de parler de certains sujets qui peuvent incommoder mais qui nous aideraient à nous comprendre et nous aimer au-delà de... » à la manière de Dieu, étant crées à son image et ressemblance.

La deuxième expérience en ce qui concerne mur m’a fait pleurer. Je l’ai considérée comme un geste prophétique de la part des Pères Escalabrinianos. Ils ont profité d’une réunion internationale de leurs nouveaux membres à San Diego et sont venus à la frontière de Tijuana pour faire une prière près du mur accompagnée aussi d’un geste qui dit beaucoup. Ils ont donné un petit coup au mur pour faire tomber tout ce qui empêche la vie.

Le signe puissant c’est celui de toucher comme Jésus dans les Évangiles qui touche, libère, redonne vie, régénère. Toucher le mur et prier là est un geste prophétique parce que c’est fait au nom du Christ que nous servons dans les plus pauvres, les exclus et marginalisés, ceux envers qui le Christ nous supplie d’avoir de la compassion, et d’écouter leurs cris. Aujourd’hui notre monde implore, les migrants crient, notre terre aussi crie face au changement climatique. De quelle façon touchons-nous, guérissons-nous et répondons-nous aux cris et aux besoins du monde comme sœurs et comme Congrégation?

Un autre symbole qui a attiré mon attention c’est l’escalier fait de plusieurs croix, qui a été utilisée pour la célébration de la prière pour les défunts, afin de faire mémoire de tous ceux et celles qui sont morts à la frontière, près du mur.

Ça m’a touchée très profondément. Premièrement parce que l’escalier est fait de plusieurs croix sans noms. Ils peuvent être de purs inconnus, mais bien vivants pour les familles et les foyers là où ils ne sont plus.

Deuxièmement, cela a attiré mon attention parce que c’est l’endroit où il y avait le plus de déchets. Quelle profonde signification! Ces hommes et ces femmes peuvent être considérés ou non reconnus comme personnes... mais cela signifie aussi que toutes ces croix ensemble bâtissent la solidarité, les rêves et bien des possibilités. Aussi comme façon de les reconnaître on a levé et placé cet escalier près d’un arbre, signe d’espérance et de vie, de Présence, signe que nous sommes sœurs et frères du monde et présence prophétique aux frontières et de voir comment générer les changements. Comment cela peut-il être un simple rêve et une utopie? Comment nous impliquer dans des gestes simples de rencontre et de communion? Quels sont les risques que nous sommes appelé à vivre? À quel regard de compassion nous invite sainte Marguerite Bourgeoys?

Être sœurs du monde, embrassant tous les humains, construisant des possibilités, assumant les risques inespérés, inconnus, suscitant l’espérance et la vie.

Suivre Jésus qui est venu apporter la vie et la vie en abondance !  Jn. 10,10

 

 

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