L'arrivée
de Marguerite Bourgeoys, onze ans après la fondation de Ville-Marie, réalisait une
partie du dessein initial qui prévoyait l'éducation des enfants de la colonie. Elle
accompagnait «la recrue des cent hommes» sur laquelle on comptait pour sauver
Ville-Marie qui, en 1653, faisait face à une terrible alternative : l'abandon du nouveau
poste ou l'extinction de ses habitants. Pendant la traversée qui l'amenait de la France
vers le Canada, elle a soigné les malades et réconforté les mourants. C'est alors que
ses compagnons de voyage, les futurs colons, commencèrent à l'appeler «soeur». Depuis
ce moment et jusqu'à sa mort, le 12 janvier 1700, elle s'est entièrement consacrée au
bien-être de la population de Montréal.
Avec ces hommes et ces femmes, elle partageait
les dangers et les privations comme les efforts et les espoirs qui rythmaient leur vie
dans la colonie naissante. Comme eux, elle était vulnérable aux menaces qui
l'entouraient, attaques ennemies ou maladies, ainsi qu'à l'incompréhension des
autorités de l'Église et de l'État, parfois hostiles ou incompétentes. Avec constance,
elle évitait ou refusait, autant que possible, tout honneur ou privilège qui l'aurait
élevée au-dessus de la condition des gens ordinaires du Canada, de ces hommes et de ces
femmes qui, dans la pauvreté, luttaient avec courage pour bâtir, dans ce Nouveau Monde,
une vie meilleure pour eux-mêmes et pour leurs familles. |